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Entrer en soi… ou faire son shadow work

6 mai 2025
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La nuit rattrape le jour et avale nos fins d’après-midis. La lumière s’étiole. On sent bien qu’il y a une bascule dans l’énergie. On passe de la lumière à l’obscurité, de l’expansion à une certaine contraction, comme une envie de retourner à l’intérieur de sa coquille. Physiquement et énergétiquement, l’appel à entrer en soi est fort.

L’automne, un moment d’introspection

Derrière nous, il y a tous ces après-midis au bord de l’eau, les 5 à 7 en terrasse qui s’étiraient paresseusement, les joyeux pique-niques au parc, les weekends de camping en famille, ce roadtrip mémorable le long du fleuve… L’été, c’est un véritable bouquet de bonheur! Repu de rires et de chaleur, le ventre plein de souvenirs, il est maintenant temps de se poser, de suivre le rythme naturel des choses. Se regénérer après un été d’effervescence. Écouter ce qui est là, et laisser aller ce qui n’a plus lieu d’être.   

L’automne est un moment propice pour plonger et entrer en soi. L’introspection, loin d’être passive, demande un véritable effort : oser se regarder avec honnêteté dans un espace méditatif, de présence, nécessite de la patience et de la bienveillance envers soi. Et lorsque nous nous engageons vraiment et que nous grattons un peu plus, soulevant des couches de poussière, il faut du courage, de la persévérance et une bonne dose d’humilité pour observer ce qui nous habite, jusque dans les profondeurs de notre être. Pour voir ce qui se cache sous la lumière, tapi dans l’ombre… 

Qu’est-ce que le shadow work?

Il faut savoir que le « travail de l’ombre » est un processus d’introspection complet qui va bien au-delà d’une seule saison. On dit souvent que c’est le travail d’une vie! C’est une démarche à entreprendre en conscience, souvent accompagnée, avec la
volonté d’aller au bout des choses pour comprendre ce qui nous empêche d’avancer, se responsabiliser, faire la paix avec ses failles. Prendre le temps de guérir. Réapprendre à s’aimer et finalement, embrasser pleinement notre être. 

Le shadow work est une démarche personnelle qui consiste en premier lieu à regarder, sans jugement, les aspects moins beaux de notre personnalité, nos mécanismes de fonctionnement incapacitants, nos peurs et émotions négatives, nos traumatismes et nos blessures, nos vices et nos désirs refoulés, nos schémas relationnels dysfonctionnels, nos mauvaises habitudes, nos blocages, les patterns que nous répétons, nos pensées souffrantes, jugeantes, invalidantes, etc. Car ces côtés sombres, mal-aimés, niés, rejetés, parfois dévoilés malgré nous, nous rendent prisonniers de nous-mêmes.  

Pour Jung, psychiatre et fondateur de la psychologie analytique des profondeurs, l’ombre représente ce que nous avons refoulé dans notre inconscient, par crainte d’être rejeté, pour être accepté par la société ou ceux que l’on aime. L’ego préfère ignorer, réprimer, dissimuler et refuser de reconnaître les côtés obscurs de soi. Le subconscient peut aussi les enfouir au fond de nous, ce qui explique qu’on ne se rend pas toujours compte des comportements que nous reproduisons ou de ce qui nous empêche d’avancer. Et c’est pourquoi les ombres ont besoin d’être vues.

Comment entamer le processus ?

La plupart du temps nous projetons notre ombre sur les autres, nous faisant voir chez eux des traits que nous refusons d’admettre en nous-mêmes. Nous jugeons, nous critiquons. Mais nos relations sont souvent un miroir qui nous permettent de voir à travers l’autre ce qui se joue en nous, à condition d’en prendre conscience. Car les schémas que nous rejouons n’ont en fait rien à voir avec les autres : ils sont un reflet de nos propres blocages. Il s’agira donc de se ramener à soi plutôt que de remettre la faute à l’autre. 

Lorsque nous ressentons des sentiments négatifs envers certaines personnes, comportements ou situations (colère, blâme, déception, ressentiment, etc.), posons-nous la question : pourquoi ai-je réagi ainsi ? Pourquoi ceci me fait-il de la peine ou m’irrite ? Quelle blessure a été réveillée chez moi?

Lorsque nous tournons en rond dans des patterns qui ne cessent de se répéter, ou que nous côtoyons des personnes toxiques pour nous : qu’est-ce qui nous empêche d’en sortir? Quel bénéfice secondaire nous fait rester? Lorsque nous souffrons de peurs qui nous bloquent : de quel traumatisme devons-nous nous libérer? Lorsque nous perdons le contrôle de nous-mêmes : quels sont nos déclencheurs émotionnels? Ce qui nous fait réagir est souvent notre meilleur guide. C’est justement ce qui appelle notre attention, ce qui demande à être vu.

La peur de reconnaître ou d’accepter ce que nous pouvons découvrir de nous-mêmes peut être immense. Mais il vient un temps où il faut arrêter de se fuir. Pour mieux se voir aller. Comprendre ses blessures et ses blocages. Oser se rencontrer vraiment demande énormément de courage car le processus est inconfortable, voire douloureux. Faire remonter à la surface toutes ces choses qui se vivent à l’intérieur de nous et qui se jouent à l’extérieur de nous, dans nos relations et nos situations de vie, remue sans aucun doute. 

Laisser aller pour créer de nouveaux possibles 

Naviguons ce passage en conscience, avec calme, avec une présence aimante, bienveillante. Levons les voiles, doucement, l’une après l’autre. Entrons de plus en plus profondément en soi. Relâchons ces attachements qui nous retiennent malgré nous. Offrons notre présence entière, notre accueil inconditionnel. Et lentement, laissons émerger nos parties blessées, celles qui sont tapies dans l’ombre, dont on a peur, qui nous font honte, qui nous font mal, qui nous hante. Les accueillir, les reconnaître et les accepter avec une force d’amour et de compassion sans limite. Sans rien rejeter, juger, refuser, repousser. Voir, sans masque ni protection. Accepter le processus, sans résister. Dissoudre les nœuds, faire une brèche dans notre armure, y faire entrer la lumière. 

C’est en ramenant ces parties vers la lumière que nous pouvons les voir, les reconnaître puis les accepter, en prendre soin. L’ego, habitué à les retenir, a fonctionné avec elles pour mille raisons, s’accroche. Mais nous pouvons maintenant choisir de ne plus y être soumis. Il y a alors, outre la douleur de réaliser l’ampleur de ce qu’elles ont engendré dans notre vie, un effondrement. Avec amour, laissons aller ce qui soutenait nos fondations, nos mécanismes, nos façons d’être, nos réactions. Acceptons de les laisser mourir. Comme les feuilles qui tombent, une à une, l’arbre est soudainement dénudé, vulnérable. Faisons confiance : autre chose peut alors commencer à émerger. 

Laisser la place à un espace de vide ne dure pas très longtemps : la Vie aura tôt fait de le remplir! En conscience, nous pourrons choisir de nouvelles façons d’être, de nouvelles circonstances ou personnes, alignées avec la version de soi que nous voulons incarner. Le travail de l’ombre permet de se transformer, de laisser l’énergie de la vie circuler. C’est l’opportunité de vivre une renaissance. Alchimie de l’être par la lumière de notre conscience avec amour, présence et bienveillance.  

Par Isabelle Naessens
Article tiré du BeWITCh No 3

À propos de l'auteur.e

Isabelle Naessens
Ostéothérapie intégrative & holistique : Fasciathérapie, Libération émotionnelle, Massage néo-reichien, Sophrologie, Hypnose

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